mardi 14 août 2007

l'amante religieuse


Je n’ai jamais aimé les églises. Je n’ai d’abord jamais cru en dieu, et l’atmosphère qui règne dans ces bâtisses religieuses m’a toujours fait froid dans le dos. Mais pas ce jour-là. J’avais les poils qui se dressaient sur les bras, certes, mais ce n’était pas pour la même raison. Ce jour-là, c’était l’Amour. L’Amour personnifié. Il était là. Ou plutôt elle. Pleine de grâce, de beauté, de charme, et à la fois mystique et mystérieuse. Agenouillée devant la statue de notre Christ, elle récitait une prière, en latin. Tout en elle était beau et dégageait une lumière envoûtante. A partir de ce moment là, j’ai cru en Dieu. Parce qu’une telle créature ne pouvait être naturelle. Et parce que la chance que j’avais de la rencontrer ne pouvait être due au hasard. Je l’ai croisée au coin d’une rue. Je l’ai suivie jusque dans cette église dont les décors ne faisaient qu’accentuer ses charmes. Elle était mariée à Dieu par serment. Elle était inaccessible, et cela ne la rendait que plus désirable encore. Je ne voulais, je ne pouvais la quitter du regard, comme si ma vie en dépendait, comme si mon cœur cessait de battre si elle n’était plus dans mon champ de vision. Je l’ai abordée. Et dans son infinie bonté elle m’a écoutée, elle m’a répondue. Et si le coup de foudre existe, ça doit ressembler à ça. Ses yeux se sont plongés dans les miens et le temps s’est arrêté. Ses regards ont trahi ses pensées. Elle me désirait, elle aussi. Mais sa dévotion était telle qu’elle n’aurait pour rien au monde manqué à son devoir. Elle a fait vœu de rester toujours vierge. Et même si le désir est là, en elle, elle n’en fera rien par amour pour le Christ. Nous avons parlé longuement, nous avons fait l’amour avec les mots, avec les yeux. Nous ne nous reverrons pas. Ce serait mal. Mais nous ne nous oublierons pas. C’est impossible. Elle est là, en moi. Elle ne partira pas. Tout en elle restera gravé dans ma mémoire. De sa manière de repousser mes avances jusqu’à ses gestes pleins de douceur, d’amour et de tristesse aussi.

Nous avons fait l’amour religieusement, sans même nous toucher. Mais c’était plus beau que n’importe quelle relation que j’ai pu connaître jusqu’à aujourd’hui.

Je ne cesse de penser à elle depuis que nous nous sommes quittés.
Une rencontre éclair, mais plus intense que tout ce que j’ai pu voir dans ma vie.
Elle m’a dévoré l’esprit, telle une mante religieuse.
A jamais à toi, mon amante religieuse…

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